Ce blog n’est pas documenté. Il n’a pas le dessein de l’être. Je n’allais pas vous accabler de
chiffres, de statistiques ou vérifier mes sources puisque seul mon vécu me faisait ventre. Qui vérifie ces chiffres ? Lit-on un texte pour recenser des chiffres ? S’en souvient-on
seulement après lecture ? Même si cela fait sérieux, cet argument quantitatif n’a jamais convaincu qu’un lecteur qui l’était déjà.
Ce blog est peu argumenté, offre peu de références et encore moins de citations. Il s’agit moins
d’un mémoire universitaire que d’un coup de gueule. Pour clore le débat avant même de l’avoir initié, je n’utiliserai qu’un seul argument : le meilleur argument du monde peut convaincre des
pires inepties, aussi ai-je décidé souvent de m’en affranchir. Sceptiques, méfiants et incrédules, l’expérience dont je parle est mienne, si vous n’accordez aucun crédit à mon témoignage du seul
fait qu’il reste invérifiable, passez votre chemin.
Ce blog n’est pas organisé, sinon d’une façon anarchique, à l’imitation formelle des
Essais. Une bonne structure n’est pas plus persuasive qu’un bon argument. En outre l’ordonnancement du corpus selon des règles scolaires aurait contredit son titre et son intelligence,
aussi me pardonnerez-vous de me suivre de loin et de vous égarer parfois dans les méandres de ma paresse naturelle.
J’attends vos réactions avec un vif intérêt et souhaite répondre à vos questions (si j’en suis
capable), tenir compte de vos corrections (si besoin est), développer un point de détail pour élargir le débat, soulever une nouvelle problématique ou l’éclairer de votre expérience personnelle.
Je ferai de mon mieux pour satisfaire toute personne de bonne foi, et cela quels que soient votre profil, votre âge, votre sexe ou votre tempérament. Si votre pensée se suffit à elle-même, je
n’hésiterai pas à intégrer vos commentaires en vous citant de la façon qui vous conviendra : un pseudonyme aux anonymes et un nom à ceux qui auront décliné leur identité.
N.B. : Pour les raseurs qui voudraient malgré tout du concret, un petit abrégé de ce qu’il faut savoir sur le R.M.I. et le R.S.A., voici quelques
adresses utiles :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_minimum_d'insertion
http://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_de_solidarit%C3%A9_active
http://www.rsa.gouv.fr/
J’ai entrepris la création de ce blog afin de m’exprimer définitivement sur un phénomène inconnu
mais détesté de tous (hormis les intéressés eux-mêmes, à savoir les feus érémistes, dois-je écrire érésastes ?), répondre une fois pour toutes à tous les persécuteurs zélés de
l’administration française, approfondir le problème épineux de la recherche d’emploi en cette période de crise, proposer des solutions pour lutter contre l’inertie et le découragement, aboutir
enfin à un portrait des mentalités françaises qui risque fort de fâcher les uns mais aussi d’éclairer les autres.
Pourquoi ces articles ? Un érémiste n’est ni un journaliste, ni un écrivain, encore moins un
sociologue, de quel droit et au nom de quel statut prendrait-il la plume pour s’expliquer. N’y a-t-il pas des gens plus légitimes pour le faire à sa place ? La réponse est
NON !
Première objection : le érémiste n’est pas plus pizzaiolo ou éboueur que chroniqueur, en
réalité il n’est RIEN (humainement parlant pour les honnêtes gens, socialement s’entend pour une poignée d’hérétiques persistant à distinguer chez un individu l’identité humaine
de la fonction sociale). S’il n’est rien, pourquoi devrait-il davantage s’exercer à ramasser des détritus, à confectionner des pizzas plutôt qu’à rédiger un pensum ?
Seconde objection (la seule valable en vérité) : Avez-vous déjà vu, lu ou entendu le
témoignage direct d’un érémiste sur sa vie, ses problèmes, voire ses joies dans quelque média que ce soit ? Cela ne vous passionne guère et je vous comprends. « Ils n’ont qu’à
trouver du travail, ces feignasses ! » objecte-t-on le plus souvent d’un ton agacé. On préfère écouter un délinquant en activité ou un caïd repenti, regarder un reportage sur les
réseaux pédophiles, un documentaire sur la prostitution, parler de sadomasochisme ou de boîtes échangistes, évoquer le monde carcéral, filmer des émeutes, débattre sur les fléaux tels que
l’alcool et autres stupéfiants ou, mieux encore, consacrer une soirée thématique sur le parcours sanguinaire d’un serial killer bien de chez nous. Pourquoi cette débauche d’exemples cités
pêle-mêle ? Parce que ces sujets sont beaucoup plus croustillants. Si les journalistes veulent capter l’attention du peuple, il leur faut « de la bagarre et du cul ».
Reconnaissons-le d’emblée : un érémiste, c’est pas glamour, c’est pas sexy, c’est pas
marrant, et en plus ça fait même pas peur… Même pas foutus de commettre un petit crime juste pour nous distraire, même pas une petite déviance pour susciter un débat de société enflammé. Pas plus
de morceaux de bravoure que d’actes de barbarie : le drame est là, ils ne sont pas dramatiques. Ils ne sont coupables de rien puisqu’ils n’agissent pas, ils sont coupables du pire
crime de la terre dans notre société capitaliste, coupables de respirer. Où se trouve donc la violence chez nos tendres érémistes ? Quant à leur sexualité, n’en parlons pas ; un
paragraphe suffirait à la cerner.
L’idée centrale de ce qui pourra passer pour un pamphlet politique s’articule autour du
dilemme profiter/subir inhérent à la vie du érémiste. S’il profite d’un revenu qu’il n’a pas gagné à la sueur de son front, il subit cette infamie par les châtiments les plus insidieux (solitude,
sujet au mépris, harcèlements moral et verbal, mauvaise réputation, etc.). J’entends déjà les protestations : « De quoi se plaint-il, ce fainéant ? En Chine ou en Afrique, il
crèverait la dalle et n’aurait pas le loisir de s’en plaindre ! » Certes, mais sommes-nous en Chine ou en Afrique ? D’ailleurs, honnêtes travailleurs, seriez-vous actifs si vous
étiez nés dans ces lointaines contrées ? Pourquoi déplacer ce problème – qui s’avère en réalité une solution – sous d’autres latitudes, sur des régimes politiques qui ignorent aujourd’hui
encore les notions réelles de démocratie et de droits de l’homme ? Les solutions préconisées par les républiques bananières et les dictatures militaires, à savoir la misère et la violence,
vous charmeraient-elles davantage ?
Mon pari est de dévoiler que le R.M.I. est une solution imparfaite qui, préservant la société de la misère et de la
violence qui la menacent, déplace la haine collective sur son bénéficiaire sans lui donner la possibilité de l’en détourner. Être payé à ne rien foutre n’est pas un profit, juste une
étoile jaune, un signe d’opprobre qui salit jusqu’à la réputation de la famille du réprouvé. Pourquoi accepter alors ce sinistre statut ? Pourquoi ne pas se soustraire des listes qui
accablent nos méritants contribuables ? Parce qu’être payé à ne rien foutre vaut mieux que de crever la faim. Autrement dit, parce qu’il vaut mieux être traité comme un
chien que vivre comme un chien, les Chinois et les Africains l’ont bien compris qui préfèrent subir la xénophobie et l’exploitation de l’immigré en France plutôt que jouir de la
misère en digne autochtone dans leur propre pays.
Comprenez bien : profiter et subir sont ici les deux faces d’une drôle de médaille ;
nous sommes payés autant pour endiguer la misère que pour concentrer les haines, comme un paratonnerre guide la foudre.
Je n’ai donc pas pour but de cracher dans la soupe en vilipendant des organismes
légitimes et, en un sens, salvateurs pour l’ordre social (et pour moi), tels que la C.A.F. et l’A.N.P.E., je m’attaque le plus souvent à son personnel, composé pour l’essentiel de crétins et de
sadiques (ou les deux en un). De même que dénoncer les bavures policières n’équivaut pas à critiquer la Police en tant qu’institution, dénoncer les erreurs judiciaires ne remet pas en cause les
fondements de la Justice, dénoncer les méthodes douteuses du personnel administratif ne remet pas en question la légitimité des organismes sociaux. Mon but est plus informatif que vindicatif bien
qu’un sentiment légitime de vengeance ne soit pas complètement étranger à ma démarche : j’admets que, avant d’être un redresseur de tort, je ne suis qu’un être humain, gouverné par de nobles
et de bas instincts.
Pour clore ce préambule, je sais que beaucoup trouveront ma démarche déplacée. Je n’ignore
pas que les S.D.F., les clochards, les enfants martyrs, les femmes abusées ou violées, les assassinés, les orphelins d’un être cher, les accidentés graves, les grands malades, les mourants, les
dépressifs suicidaires, les opprimés et les affamés du quart- et du tiers-monde méritent davantage de compassion que nous autres. Devrait-on ne jamais se plaindre lorsque d’autres subissent de
plus cruelles injustices ? À la différence des institutions qui ne supportent plus de nous voir geindre (pour s’en réserver le monopole), je pense que non. Chaque arbitraire mérite sa
gueulante, chaque injustice, aussi infime soit-elle, son coup de poing sur la table ; celle-ci est d’autant plus regrettable qu’elle est sciemment complotée par les politiques et
savamment organisée par son administration, les autres injustices de ce pays relevant plus de cas particuliers, de faits divers, d’injustices naturelles contre lesquelles nous ne pouvons souvent
rien.
Si je lutte, c’est parce que le combat est possible, mais il me faudra bien gémir un
peu, moins pour vous émouvoir sur notre sort que vous éclairer sur ce phénomène incompris.
À tous ceux qui méprisent les gens qui se plaignent parce qu’ils jugent cette
attitude inesthétique ou indigne, à ceux qui affirment que la seule posture viable en société se résume au refrain Tout va très bien, madame la Marquise, je dois avouer que je ne partage
ni votre éducation bourgeoise ni vos principes moraux. Dans mon milieu, nier les problèmes s’assimile à cacher la poussière sous le tapis ou encore faire la politique de
l’autruche, en un mot le meilleur moyen de les faire perdurer.
À ces filles et fils de bonne famille qui déploreraient ma mauvaise humeur et mes outrances
verbales, j’adresse mes sincères excuses par avance de ne pas avoir partagé l’insouciance ou l’élégance qui sied à votre naissance.
Aux rustres qui se rangent à ces arguments sans autre volonté que de me tordre le cou, aux bœufs qui moqueront ma
délicatesse, ma douilletterie, dénonceront ma paranoïa, accuseront ma mauvaise foi ou mon indolence, me condamneront aux seuls sobriquets de mauviette ou de Caliméro, j’adresse un
message qui conviendra plus adéquatement à leur vulgarité : je vous emmerde.