Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 17:28

 

Collaboration étroite entre les entreprises et les organismes de réinsertion

 

          Si nous devons perdurer dans l’erreur, tentons au moins de corriger quelques fautes, de limiter les dégâts. Après ces considérations générales, revenons aux procédés techniques des organismes de réinsertion professionnelle : la C.A.F. et l’A.N.P.E. se déchargent de leurs responsabilités sur les demandeurs d’emploi. Au problème du « C’est de votre faute ! » répond la solution du « Débrouillez-vous ! » Vices de forme et d’esprit. Un médecin diagnostique votre maladie, vous en impute la cause et conclue simplement : « Soignez-vous donc vous-même ! » En cas de grave maladie – la société considère l’absence de statut social comme tel –, pensez-vous qu’un docteur puisse dire à son patient de se démerder ? Non, le médecin soigne lui-même son patient. Au plus lui donne-t-il quelques conseils, lui prescrit-il quelques médicaments… Et tout le monde trouve cela normal.

 

          Comment devrait-on soigner alors le cas social, guérir le érémiste ? Simplement en mettant la main à la pâte. En prenant les devants. Une fois le profil du érémiste établi par un bilan de compétences, l’organisme doit lui offrir une aide relationnelle, le réintroduire dans l’entreprise en programmant des stages d’initiation ou des entretiens. L’A.N.P.E. serait mieux inspirée de fréquenter les services de recrutement des entreprises, les dirigeants de société, les décideurs et les hommes de pouvoir afin d’étoffer son réseau de relations plutôt que de convoquer continuellement un érémiste sans carnet d’adresses. Un organisme d’État aura beaucoup plus de facilité à obtenir des rendez-vous, à accéder à des postes, à maintenir des liens avec les acteurs principaux de l’embauche qu’un particulier – a fortiori marginalisé par sa condition – qui se fait raccrocher au nez par la première standardiste venue, qui sait son courrier jeté à la poubelle par la dernière des secrétaires. Il faut impérativement réconcilier les organismes de réinsertion avec les entreprises, qu’elles collaborent plus étroitement.


 


          Certains me diront que c’est déjà le cas. Qu’ils sont candides ! Un employé de l’A.N.P.E. croule sous le poids d’une documentation administrative lourde comme l’inventaire d’une bibliothèque municipale, il n’a pas une minute pour se consacrer à une tâche plus utile que convoquer à tour de bras, questionner à la va-vite, saisir des données informatiques, archiver et classer des dossiers. Quand voulez-vous qu’ils fréquentent les représentants d’une société, d’une entreprise ou d’une autre administration ? Entre les deux bouchées d’un frugal déjeuner ?

          L’État force l’inscription du érémiste à l’A.N.P.E., contraint-il les entreprises à établir des liens avec ce même service ? Toute annonce d’embauche devrait transiter par un seul et même média – A.N.P.E. ou autre – afin d’éviter les injustices inhérentes au sacro-saint copinage. Tout recrutement devrait être validé par l’intermédiaire du même organisme, cela éviterait la suprématie tyrannique du piston sur toute autre considération de sélection et rééquilibrerait les chances d’insertion dans la vie active.


 

Par ursul - Publié dans : 8 Solutions proposées
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 17:21

 

Assumer la vie passive


 

           La seconde solution consiste à ne rien changer si ce n’est le discours politique : dire enfin la vérité au peuple. Est-ce si difficile d’admettre qu’il n’y a pas d’emploi pour tout le monde ? Le peuple est-il si demeuré au point de ne pas le comprendre ? Un peu de courage, politiques de tous bords ! Expliquez donc à ces attardés que le monde a changé depuis les années Pompidou. Il est quand même sidérant dans notre pays d’être traité de feignant par un retraité pimpant qui n’en branle pas une : « Le R.S.A. n’existe qu’en France : quelle honte ! »

           Et la retraite, pépé, tu crois que c’est un dû ? Tu crois que ça existe au Cambodge, vieux grigou ? Tu crois que ton grand-père la touchait au 19ème siècle, ta satanée retraite ? Aucun acquis ne vous dérange pourvu que vous seuls en bénéficiiez. Je sais, je sais… Vous avez travaillé pendant quarante ans, vous avez cotisé, vous l’avez bien méritée. Argument nul : ce n’était pas la même époque ! Je crois bien que, grâce à vous, ce n’est plus le même pays ! Vous pouviez travailler donc vous pouviez cotiser... Un fils d’ouvrier pouvait trouver sans problème n’importe quel boulot dans le secteur tertiaire, un gaillard sans diplôme intégrait facilement l’administration avec espoir d’ascension. À moins de piquer dans la caisse, le rond-de-cuir était invirable ! Les patrons n’avaient pas encore le pouvoir de vous traiter comme des chiens avec le chômage pour chantage, avec la misère comme épée de Damoclès. Vous pouviez démissionner sans plus d’inquiétude dès qu’un tyran des bureaux vous harcelait, lui fausser compagnie à la moindre incartade personnelle ; ailleurs on embauchait. Les patrons s’intéressaient à leur entreprise, parfois à leur personnel, pas seulement à leur pognon. Eh oui ! vous étiez moins dipômés que nous et vous aviez droit à tout !



          Mettez-vous bien dans votre crâne dégarni que ce temps est révolu ! Et cessez de pester contre cette jeunesse oisive que vous n’avez pas su protéger ! à laquelle vous n’avez rien légué si ce n’est des dettes insolvables, du verbiage autour de votre taux de cholestérol, la coûteuse pension d’un mouroir ou l’attente pénible d’un salutaire héritage ! C’est à cause de vous, mesquins harpagons, que nous subissons une politique discriminatoire, l’exclusion sous toutes ses formes. Sans votre modeste contribution aux urnes, pas d’ostracisme juvénile ; sans votre apport décisif de voix, plus de mauvaise foi.

 

         Qu’est-ce que vous croyez ? Que la plupart des métiers sont utiles ! Les seuls qui peuvent se prévaloir d’être indispensables se concentrent entre les deux extrémités du secteur alimentaire, des paysans aux magasins de bouche (pour des besoins vitaux : manger, boire). Et quelques ingénieurs et manuels pour réparer les installations obsolètes ou d’éventuels dégâts (pour ne pas crever de chaud, de froid, etc.)… A-t-on besoin des autres ?

         Indispensables, les médecins ? Pour fidéliser une clientèle d’hypocondriaques et de cacochymes à la retraite juteuse ? Indispensables pour leurs profits, je n’en doute pas. Indispensables pour ta survie ? Ta survie dans un mouroir dans lequel tes enfants t’auront gentiment expédié ? Ta survie ! Mais tu y passeras, comme les autres…

         Indispensables, les maçons, les architectes, les urbanistes ? Il y a assez de logements en France pour loger tous les citoyens du pays ; que construit-on encore ? Si des gens vivent dehors, que l’État s’empare des domaines inhabités (en versant des indemnités au propriétaire) pour les loger. De Gaulle en son temps a réquisitionné des habitations par nécessité pour y héberger des prolos sans abri. Mon grand-père, ouvrier et communiste – à l’époque où le Breton borgne n’était qu’un moutard, c’était un pléonasme – fut logé dans une résidence secondaire dont il fut d'abord locataire avant de la racheter à la mort de son propriétaire (qui refusait catégoriquement de vendre son bien de son vivant). Doit-on soupçonner de Gaulle de sympathies communistes ? Cette loi existe toujours mais elle n’est plus appliquée (comme celle du quota des logements sociaux par commune, rarement respectée). Vois-tu, vieillard aigri, la Droite n’est plus ce qu’elle était : pragmatique et juste. La Gauche non plus d’ailleurs.

 

        Soyeux sérieux, la plupart des métiers, et là j’élargis le cercle pour y accueillir les travailleurs d’aujourd’hui, ne sont indispensables qu’à occuper vos journées, qu’à vous éviter un piteux désœuvrement. Le travail a été inventé pour éviter aux couples de se dissoudre dans des querelles conjugales fatales, pour caresser l’espoir de donner des ordres à plus con que vous – mais si, ça existe ! –, pour restreindre votre propension à l’ennui et freiner ses dangereux corolaires, l’ivrognerie et la violence.

        Nobles travailleurs, vous ne travaillez pas pour être utiles à la société, ni même pour subvenir à vos besoins – qui sont bien plus limités que vous ne pourriez l’imaginer, je parle en connaissance de cause –, vous ne travaillez que pour une seule, unique et inavouable raison : pour ne pas vous faire chier. Croyez-vous que j’en sois dupe ? Il est des pays où une personne sur treize travaille, et tous ou presque mangent à leur faim. Des bols de riz avec un verre de lait ? Peut-être, mais ça suffit amplement pour survivre. Comprenez bien : un livre de 500 pages ne suffirait pas à énumérer la liste des métiers inutiles en Occident, je suis plus utile à dénoncer cela qu’à partager votre sort, que vous le vouliez ou non.



        Le travail, utile ? Laissez-moi rire ! Je n’ai jamais été rétribué que pour qu’on m’empêche de travailler, de créer, de penser – travailler plus pour penser moins – ; les boulots dans lesquels je me suis commis se résumaient à un simulacre de travail, une simulation de civisme. L’important était de feindre, de faire semblant, pour être bien vu du supérieur qui en faisait autant devant sa hiérarchie dans la chaîne absurde du travail virtuel. De même que les médecins sont devenus des commerciaux, les professeurs des bourreurs de crâne, l’Éducation Nationale une garderie pour enfants, l’Université un cache-misère du chômage, le social une entreprise sadomasochiste, tout le monde a démissionné de son poste à l’image de ces nouveaux parents qui pondent des œufs sans vouloir éduquer leurs poussins, à l’instar de cette volaille privée de grain qui conduit le vieux coq à l’abattoir.

        Je travaille beaucoup plus chez moi, avec passion et sans compter mes heures dans des projets personnels, certes non lucratifs, et n’ai jamais été employé (sauf en tant que saisonnier) que pour me tourner les pouces, brasser de l’air, fermer ma gueule, obéir à plus con que moi, nuire à autrui, en somme m’emmerder, me faire emmerder ou emmerder mon semblable. Des preuves ? À quoi sert un guichetier, un standardiste, un réceptionniste, un serveur, un téléacteur, j’en passe et des meilleures… ? On ne m’a jamais payé pour être utile, bien au contraire ! Et les rares opportunités qui m’auraient permis de l’être m’ont toujours été confisquées.

        Une question me taraude : les Français veulent-ils travailler pour être inutiles ? Amer constat : si le érémiste est payé à ne rien faire, sauf exception le travailleur est payé pour ne rien faire. Nuance.



        En dehors de ces quelques plaisantes insultes, me direz-vous, où voulais-je en venir ? Pour m’expliquer d’une façon triviale, donc parfaitement assimilable pour l’ensemble de la population active, je vous conjure : ce n’est pas parce qu’on s’emmerde qu’il faut faire chier les autres !

       Toi, le beauf, tu nourris bien ton chien ou ton chat alors qu’il se la coule douce. Et ça ne te file pas une crise d’urticaire de savoir que cependant le loup ou le lynx – équivalent sauvage – lutte âprement pour appréhender la plus misérable proie. Tu serais prêt à filer du caviar à ta bestiole sur ton canapé alors que tu laisserais claquer un clodo de froid devant ta maison. Tu n’es pas choqué de trimer toute la sainte journée pour un sandwich tandis que ton clebs Bobby bien repu de sa pâtée va roupiller sur ses couilles. Pourquoi serions-nous la seule espèce animale à croire que le travail pour tous est une nécessité ?



      

       Parlons donc des fourmis, auxquelles la célèbre fable prête des vertus laborieuses, qui organisent leur société selon ce mode réel : tandis qu’une minorité travaille pour le bien commun, la plupart ne foutent rien. Et ça n’a pas l’air de les déranger plus que ça. Malgré la dimension de leur boîte crânienne, serions-nous, géniaux primates que nous sommes, plus stupides que ces minuscules insectes ? Quitte à perdre un pari posthume, je convoque l’Histoire et je prends date : l’avenir de l’homme, c’est la fourmi ! En ce lundi 10 août 2009, j’affirme être, moi, le minable érémiste, non pas l’homme mais un des hommes de demain. Qu’on se le dise partout alentour, les hommes travailleront demain selon leur bon vouloir ! Les insatiables énergiques se dépenseront sans compter, car c’est leur nature, les autres rythmeront leurs efforts au son d’une chanson, car c’est leur talent.


       La jalousie, en vérité, est la seule cause de nos tourments. Qu’a-t-on à envier à autrui puisque nous ne sommes pas lui ? Ce sentiment est plus que stupide, il est absurde. Le travailleur envie à l’oisif sa liberté, pas sa misère, un oisif peut envier les ressources du travailleur, pas son labeur. Pourquoi ce goût du détail sans vue d’ensemble ? Comment saisir la conséquence sans connaître la cause ? De même qu’on ne peut pas tout être, on ne peut pas tout avoir.
       Que ferait le travailleur de son temps puisqu’il ne sait pas l’occuper ? Que ferait l’oisif de son argent puisqu’un rien l’occupe ?


       Que ferait le laborieux d’une liberté sans cadre qui le confine à l’ennui ? Il engueulerait sa femme et ses enfants, chercherait noise au voisin, picolerait, se droguerait, se bagarrerait, et cela dans le meilleur des cas. À force d’entendre des phrases toutes faites décrétant qu’un individu est « comme tout le monde », on oublie trop souvent que nous sommes tous différents, que nous n’avons pas tous les mêmes besoins, les mêmes désirs ni les mêmes ambitions. Ne pas travailler n’est pas un drame pour quelqu’un qui s’adonne à la lecture, l’écriture, qui pratique le dessin, la musique ou une activité sportive, qui s’intéresse à l’Histoire, la généalogie, la géographie, les langues, les arts, la philosophie, la sociologie, la psychologie, l’anthropologie, l’ethnologie, l’astronomie, l’informatique, la biologie, la physiologie, la géologie, les mathématiques, la physique, la zoologie, la botanique, et tant d’autres choses passionnantes. Ne pas travailler est un supplice pour quelqu’un qui ne s’intéresse qu’aux bars, aux boîtes de nuit, aux fringues, aux sorties, au shopping, au football et autres dispendieuses frivolités.

       Je comprends aisément qu’un travailleur se sente écœuré de nous voir jouir de si peu, oui ! je comprends votre incompréhension : vous travaillez toute la journée en faisant la gueule tandis que nous glandons la mine satisfaite ; en effet, il y a de quoi être dérouté. De même que vous étiez naguère dégoûtés des pédérastes épanouis dans leur vice tandis que vous vous perdiez dans la plus vertueuse misère conjugale. Leur bonheur avait un prix : il fallait bien que vous les maltraitiez. Vous avez su pourtant dominer vos instincts haineux à l’égard des minorités sexuelles, encore un effort pour parvenir à réviser vos préjugés sur les minorités sociales. À présent que vous agréez la sodomie, tolérez donc l’onanisme. Honnêtes travailleurs et dignes pères de famille, vous ne désirez pas plus être érémistes que vous ne rêviez d’être pédérastes, avouez-le donc, alors cessez immédiatement votre crise de jalousie puérile ! Le érémiste est au public ce que le gay est au privé, ce que le gaucher était à la classe. Quel droitier ringard envie encore le gaucher ? Quel hétéro sincère envie l’homo ?

 

       Des deux solutions proposées, pour rappel en simplifiant : partager la vie active ou assumer la vie passive, la première demeure la seule envisageable dans la société actuelle où les leçons de tolérance de 2.000 ans de christianisme n’ont pas suffi à ébranler notre culture martiale indo-européenne. Le terrain de la guerre s’est déplacé sur le champ économique : le travail, à défaut d’être un droit, reste un devoir. Les mentalités évoluant au rythme de l’escargot, en prophète de mauvais augure je crains que des siècles de cécité nient encore l’évidence.

 

 

Par ursul - Publié dans : 8 Solutions proposées
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 17:14



              Il est temps pour moi d’aborder un aspect plus positif de la problématique, à savoir l’ébauche de solutions. N’étant pas économiste de formation, on pourra me reprocher certaines naïvetés sinon une profonde méconnaissance de nos institutions. J’assume ces lacunes par avance pour une raison simple : les propositions des spécialistes n’ont guère été plus fructueuses ces derniers temps ; peut-être ne les a-t-on pas assez écoutés ? En outre, je me méfie d’ordinaire des statisticiens et des économistes qui nous réduisent si facilement à des chiffres. À problème humain, solution humaine.

 

              Le problème est donc le suivant : comment réinsérer un érémiste dans notre société afin qu’il n’en soit plus ni le profiteur ni la victime ?


Partager la vie active

 

             Une première solution avait déjà été envisagée : proposer des travaux d’intérêt généraux ou collectifs aux allocataires du R.M.I. en vertu de leurs compétences et sans augmentation de leur revenu afin d’alléger les travailleurs de leur surcharge de travail et d’enrichir l’entreprise. Nombre d’employés prétendent être débordés dans leur emploi du temps, submergés de travail. Même si beaucoup d’entre eux mentent pour anoblir leur réputation, cela reste vrai pour d’autres qui écoperont des tâches lourdes de l’entreprise en remplissant simultanément deux fonctions ou en palliant l’inertie ou l’absence du collègue. En nous enrôlant, les entreprises en sous-effectif ou en situation délicate pourraient s’offrir une main d’œuvre gratuite améliorant leur rendement.



               Dans ce schéma, c’est bien le érémiste qui se fait enfler, puisqu’il travaillerait 2 jours par semaine – plus serait indécent ! – pour un identique revenu. Cependant beaucoup d’entre nous y seraient favorables au moins pour trois raisons : nous cesserions d’être considérés comme des pique-assiettes, nous cesserions d’être persécutés par l’administration, nous pourrions enfin faire valoir nos compétences au sein de l’entreprise quitte à être embauchés à la faveur d’une opportunité, d’un poste vacant ou nouvellement créé.           
              Je pense que ce système conviendrait à tout le monde (érémistes, chômeurs de longue durée, travailleurs surchargés, chefs d’entreprise, gouvernement), je dis bien à tout le monde sauf… aux hyènes de l’administration. Que deviendra le personnel de la C.A.F. et de l’A.N.P.E. lorsqu’il n’aura plus d’autres victimes à brimer que des cas sociaux inexploitables ? Les plus fraîchement embauchés seront licenciés par compression de personnel et deviendront demandeurs d’emplois sitôt reconvertis aux travaux d’intérêt généraux – coucou ! –, les plus anciens s’exténueront à l’intérieur d’une véritable cour des Miracles et finiront probablement en H.P. à force de ne fréquenter que des coucous. Il faudra alors jumeler les organismes sociaux aux asiles psychiatriques ; je m’en réjouis de toutes mes fibres.



            Reste un problème épineux à résoudre : comment convaincre les déficitaires d’un nouveau système de se rallier à notre cause alors qu’ils demeurent nos seuls et uniques interlocuteurs ? Malgré la casse inévitable, ce modèle amélioré, économiquement viable, réinsérerait la majorité des érémistes tout en épargnant l’État des salaires honteusement élevés perçus par une cohorte d’inutiles sadiques. Je vois d’ici le tableau : anciens bourreaux et anciennes victimes réunis autour de la photocopieuse se partageant dans la plus stricte équité les basses besognes de l’entreprise… L’espoir fait rire.

Par ursul - Publié dans : 8 Solutions proposées
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 17:09

 

Harcèlement verbal : incessantes critiques, reproches permanents

 

           Voici pour achever le portrait du érémiste en petit paranoïaque un catalogue des critiques les plus courantes émises à son sujet.

 

- « … », réaction prévisible du commun des mortels lorsque nous déclinons nos activités ou notre statut. Les amateurs de phylactères et autres bédéphiles apprécieront ce laconisme utilisé dans bien d’autres contextes à la suite d’une question qu’un érémiste aurait outrageusement formulée. Pour exemple :

- Le érémiste (à l’honnête homme) : Salut Jean-Pierre, ça va ?

- L’honnête homme (au érémiste ?) : …

Ça marche également avec Jean-Paul. Autre exemple pour les retardataires :

- Le érémiste (à l’honnête homme) : Pardon, auriez-vous l’heure, s’il vous plaît ?

- L’honnête homme (au érémiste ?) : …

Un dernier exemple pour les cancres :

- Le érémiste (à l’honnête homme) : Tu connais un magasin ouvert dans le coin ?

- L’honnête homme (au érémiste ?) : …

Ne voyez aucun mépris dans cette conduite silencieuse mais plutôt l’expression d’une extrême pudeur ou d’une méconnaissance du terrain caractéristique de tout bon citoyen souffrant réellement de ne pouvoir solutionner votre épineux problème.



-         « Comment donc ? Vous vous levez à 14 heures, espèce de faignant ! » ou, au téléphone, l’inénarrable « Il est 5 heures du soir, je ne te réveille pas au moins ? ». Expliquer à un beauf que se le lever à sept heures du matin ne présente aucun intérêt ni aucune nécessité pour le érémiste est peine perdue. Si le travailleur est dégoûté de se réveiller aux aurores pour assumer ses fonctions, il faudrait bien que tout le monde partage ses misères – jamais sa fortune ! –, même ceux qui ne sont pas rétribués pour cela. C’est pour ce type de détail insignifiant que nous sommes détestés le plus souvent. Une personne de la C.A.F. m’a même signifié : « Si vous croyez qu’on n’aimerait pas faire la même chose… » avant de se taire pour ne pas trahir son illégitime jalousie. Ils envient nos libertés sans vouloir comprendre qu’elles dépendent de notre misère, que liberté et pauvreté sont inextricablement liées. Je lui aurais bien rétorqué : « Si tu veux être à ma place, on échange ! À toi les grasses matinées, à moi le salaire décent, la bouffe et la respectabilité ! ». Au lieu de cela, je me suis confondu en excuses car nous n’avons le droit qu’à encaisser les coups sans regimber sous peine qu’on ne nous coupe les vivres. Ajoutez à cela que l’administration prend un malin plaisir à me convoquer à l’aube quand elle sait pertinemment que je travaille comme saisonnier de nuit.



-         « Ça fait trois minutes que je t’attends ! Qu’est-ce que tu fous ? » Il va sans dire que le moindre écart de ponctualité ne nous est pas toléré. L’administration comme la populace ne nous passera aucun retard même de quelques pauvres minutes et cela en dépit du fait que nous ne sommes pas toujours motorisés alors que tous n’hésitent pas à nous faire poireauter des plombes sans ébaucher la moindre excuse malgré leur facilité de déplacements. Les autres ont un travail, une famille, des soucis ; nous, nous devons toujours être disponibles car nous n’avons ni souci, ni famille, ni travail comme chacun sait. Puisque nous ne branlons rien de la journée, nous sommes nécessairement à leur disposition, corvéables à merci, à peine plus libres que des esclaves. J’en connais beaucoup qui aiment bien nous fréquenter pour le seul plaisir de nous traiter comme des grooms ; ils n’ont pas le courage de passer leurs nerfs sur le patron, le collègue ou je ne sais quel notable de la ville. Nous ne leur sommes d’aucune utilité et n’avons sur eux aucun pouvoir, aussi n’hésitent-ils pas à nous brimer lorsqu’une frustration (à laquelle nous sommes toujours étrangers) vient à les envahir.



-         « Tu peux me rendre un service… ? » Traduisez par « Tu dois ! ». Sachant que nous sommes improductifs, donc totalement disponibles, si l’une de vos connaissances cherche désespérément dans son entourage une aide au déménagement, une nourrice pour ses gosses ou une quelconque corvée que tout ami digne de ce nom aura déclinée par un prétexte à peine crédible, nul doute qu’il se rabattra sur son cher érémiste. Tous vos prétextes ne sont pas valables si vous n’évoquez pas votre emploi du temps professionnel ou votre situation familiale prenante, genre « C’est vraiment trop dommage, demain j’emmène les gosses à la piscine ». Expliquer qu’un déménagement risque de vous bousiller le dos relève alors de l’ingratitude gravement insultante vis-à-vis du bon samaritain qui croyait sincèrement vous distraire de votre lugubre inertie par d’aventureuses expéditions et de ludiques activités. Au moins aurait-on pu avoir la décence de prétexter d’un argument recevable – « ‘Y a un super match de foot à la télé » – plutôt que par de pitoyables esquives – « Je dois terminer la rédaction d’un article ». « Il n’a pas de femme, il n’a pas d’enfant, il n’a pas de travail et en plus… il ne me sert à rien », devra conclure votre bienfaiteur, oubliant soigneusement qu’il est toujours moins prompt à vous proposer un boulot rémunéré qu’une corvée gratuite.

 

-         « C’est parce que tu portes la barbe que tu ne trouves pas de travail ! » et autres « Vous devriez vous épiler les sourcils » restent les recommandations les plus précieuses aux dernières nouvelles. Il est évident que le système pileux est interdit dans les entreprises et qu’un barbu n’a d’autre alternative professionnelle que l’intégrisme musulman, le rabbinat orthodoxe ou la création d’une nouvelle secte. Vieux, il pourra éventuellement faire Père Noël. Avec son traîneau poussif et sa hotte vide…



On nous dit volontiers n’importe quoi lorsque nous sommes en situation d’échec, tous les prétextes sont bons pour nous traiter comme des pantins ou des gamins de maternelle. À force de fréquenter des cas sociaux qui ne savent plus faire les gestes les plus élémentaires (dire bonjour, merci, au revoir, se laver, se coiffer, etc.), les gens de l’administration nous mettent dans le même panier croyant devoir refaire notre éducation. Leur discernement ne leur laisse même pas entrevoir la nuance qui existe entre un type cérébral et un débile mental. Viendra un jour où les gros, les moches et les barbus, décidément trop terrifiants, seront dirigés naturellement vers la trappe à inactivité des cas sociaux. On me demande –on m’ordonne devrais-je dire – de me raser au moins 80 fois par mois et cela depuis presque 15 ans. Qui ça, on ? Vous, pardi ! Tu sais bien que on est un con. Et puis d’abord, pourquoi faire ? Glabre, je ne te plairais pas davantage ! Moi rasé, tu ne saurais même plus pourquoi tu me détestes ! Je ne t’emmerde pas avec tes tatouages et tes piercings débiles, moi ! alors pitié, sombre imbécile, lâche un peu ma barbe !... J’envie le noir à qui on n’osera jamais demander de se blanchir.


-         « Mais vous êtes parano ! Ce qu’on vous dit, c’est pour votre bien », prétendent les hypocrites de l’administration et l’humanité en général. Les paranoïaques se défendent volontiers comme suit : « On ne devient pas parano par hasard » ; avec plus d’humour, Woody Allen persiste et signe : « On peut être paranoïaque et avoir de vrais ennemis. » Devinez l’identité de nos vrais ennemis. Larbins planqués de l’administration, femmes frustrées et jalouses, intellectuels intégrés et nantis, beaufs aux idées courtes, pistonnés jaloux de leur privilèges, patrons érotomanes au petit pied, aristocrates ségrégationnistes des entreprises, bourgeois par hérédité, esclaves du travail envieux de nos libertés, despotes manqués, traqueurs zélés du gouvernement : nous n’avons que de vrais ennemis ! Je n’ai rien à ajouter pour ma défense. Si je suis atteint de délire paranoïaque, je souhaite simplement qu’on reconnaisse médicalement ma pathologie afin que l’on me change définitivement de catégorie (ou que l’on me soigne), mon orgueil s’est à ce point fané, ma hardiesse tellement épuisée, que je redoute davantage votre haine que votre pitié. J’ai eu le malheur de naître borgne dans une société où l’on ne respecte que l’aveugle, dois-je me crever l’autre œil ?

Par ursul - Publié dans : 2 Physionomie du érémiste
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 17:02



Quotidien du érémiste

 

            Comment vit-on avec 2.000 balles par mois ? Une des questions les plus récurrentes chez les curieux de bonne foi.

 

            Notre budget n’est consacré quasi-exclusivement qu’aux impératifs de nutrition et de logement. Si le loyer est trop cher, la C.A.F. nous verse une allocation logement ; si nous sommes logés gracieusement (par un parent ou un ami), nous mangeons un peu mieux ou nous pouvons fumer ou boire (selon les vices). Comme dit précédemment, je fais un repas par jour et grignote en nocturne, ignore les restaurants et traiteurs car je préfère faire la cuisine moi-même (c’est moins ruineux et souvent meilleur). Je ne bois aucun alcool mais j’achète du café et du tabac (un paquet de cigarillos pour 2 jours). C’est cher mais ça me sert d’antidépresseur pour tenir psychologiquement, les vitamines et les barres énergisantes me servant de béquille pour tenir physiquement.

            Nous devons impérativement avoir le bonheur discret : il faut manger un mets délicat, goûter un vin fin ou fumer le cigare à l’abri des regards envieux. Les honnêtes gens n’admettent pas qu’un jour dans l’année (anniversaire, jour de fête, etc.), nous puissions connaître l’agrément d’un foie gras ou d’un havane cubain. La fumée que je rejette indispose gravement tous les bourgeois de la ville qui lui préfèrent, à s’en truffer les narines, la tonne de carbone de leurs copieux barbecues ou le CO2 de leurs puissants 4X4. Il faut savoir que, chez ces gens-là, le havane d’un homme d’affaire ou d’un notable distille subtilement une odeur suave tandis que le cigarillo d’un érémiste pue méchamment du cul !



            Je n’ai pour moyen de locomotion que mon vieux vélo pourave qu’on ne risque pas de me chouraver. Quand il n’est plus fonctionnel, je me déplace à pied.

 

            Pour le sport, une discipline a été inventée spécialement pour nous : la marche-à-pied. Pour les plus véloces, la course, le sprint. Pour les plus endurants, le marathon. Attention au prix des godasses qui s’usent vite. Quant à moi, incapable d’un effort physique soutenu, je pratique le tennis – sport plutôt dévolu aux riches, du moins aux classes moyennes –, ce qui me rend encore plus haïssable aux yeux de la population active. Je travaille l’été pour cela mais cet argument tombe souvent à plat.

 

            Pour les sorties, tu oublies ! Pas de shopping, de livres, de cinés, de restos, de bars, de boîtes. Donc pas de rencontres non plus. Je ne sors jamais que pour acheter de la bouffe, du tabac ou pour une activité sportive ; les relations avec les femmes exigent un budget autrement plus étoffé que le mien. Pour emballer une fille sous nos latitudes, il faut la sortir et dépenser toute la soirée jusqu’au bout de la nuit, tout ça pour s’endormir sur sa béquille au moment d’aborder le vif du sujet : « eh oui ! je suis érémiste ». Les seules choses qui puissent les émouvoir se résumant à la séduction, le shopping, les sorties et la procréation – toute chose fort coûteuse, comme par hasard –, autant vous dire que je figure comme le plus piètre candidat à ce jeu du copain perdu d’avance. Pouilleux dans l’administration : interdit de jupons. 


            Aux sorties stériles, je préfère les voyages fructueux. Vivre ne serait-ce que deux mois dans un P.E.D. (Pays en voie de développement, interminable euphémisme pour dire pays du Tiers-Monde) rentabilise le prix du billet d’avion : les frais d’hôtel, de transport et d’alimentation y sont raisonnables pour tout Occidental.
           Nous supposant tous riches comme Crésus et résidant dans de somptueuses villas californiennes, les jolies autochtones ne manifestent aucune réticence à notre approche et n’opposent souvent aucune résistance à nos avances. Je ne leur dissimule pas que je suis pauvre dans mon pays : elles se mentent tellement à elles-mêmes en idéalisant notre confort occidental qu’elles me font l’économie d’un mensonge éhonté sur mon statut social.


Nous ne pouvons, hélas, rester longtemps en ces lieux paradisiaques (où l’air devient magiquement respirable) car une convocation officielle nous force à nous rapatrier sous les plus brefs délais, menaces à l’appui. On tolère qu’un érémiste parte en vacances – du moins n’ont-ils pas encore voté une loi pour nous l’interdire – mais le fait de revenir bronzé et manifestement satisfait de son séjour en écœure plus d’un.
            De retour au pays, on ne manquera pas de nous poser sérieusement les questions les plus pertinentes : « Alors, tu as pris de l’opium ? », « Tu ne te tapes pas des enfants quand même ?! ».

            Pourquoi les énerve-t-on à ce point ? La raison en est presque inavouable : les vacances sont notre seule bulle d’oxygène tandis que pour le travailleur, cela reste une formalité familiale souvent ennuyeuse, quelquefois pénible, réalisée dans le seul but de faire bisquer le collègue ou l’ami au salaire plus modeste. Que voulez-vous ? Le plaisir n’est jamais plus facilement accessible que pour des gens qui le savourent rarement. Pour ma part, je ne voyage que tous les trois ans.

 

            Pour les plaisirs dit culturels, je me borne à mon forfait Internet où je puise toute la documentation dont j’ai besoin (et cela dans toutes les langues du monde, contrairement aux bibliothèques). Je n’achète que très rarement des livres (de poche, évidemment) : ceux qui le font me refilent souvent leurs bouquins une fois terminés. Pour le reste, les disques sur les sites Web et les films à la télévision me suffisent amplement. Les autres formes culturelles ne m’intéressent pas ou plutôt j’adapte mes goûts en fonction de mes possibilités.



            J’ai assez de fringues pour me vêtir pendant deux vies : peu élégant et rétif à la notion de mode, je n’éprouve aucun désir de m’acclimater au goût du jour, de changer d’apparence ou de plaire à qui que ce soit. Je n’ai pas de cible de séduction. Certains diront que je n’ai pas de séduction du tout, visuellement parlant ils n’ont pas complètement tort.

            Je porte une barbe fleurie et hirsute qui me permet – outre de gagner du temps et de m’épargner en frais de rasoir – de trier mes fréquentations : j’évite la compagnie de ceux qui l’abhorrent et me rapproche plus volontiers de ceux qui la tolèrent (à défaut de l’aimer). Ce mode de sélection naturel me permet ainsi de m’affranchir des emmerdeurs pour me consacrer aux âmes plus tolérantes.

 

            Je déteste le mensonge mais j’y recours parfois pour ménager la susceptibilité de mon proche entourage. Déclarer que je suis érémiste en public ne me fait pas peur, mais les conséquences d’un tel aveu déclenchant souvent l’hostilité collective, la meute se venge plus volontiers sur la famille honteuse que sur l’intéressé apparemment habitué aux sempiternels quolibets. Pour que l’on foute la paix à mes parents, je m’invente donc, en certaines circonstances, des métiers invérifiables : par exemple, je travaille sur le Net comme correcteur (adaptant par souci de vraisemblance et pour clore l’inévitable enquête qui s’ensuit mon mensonge à une ancienne vérité).
            Que les traqueurs se rassurent, je n’ai pas encore poussé le vice à m’inventer une femme et des enfants (qui vivraient aux antipodes, par exemple), bien que mon célibat stérile m’expose à d’incessants reproches à peine voilés qui mériteraient bien cette tromperie.


Par ursul - Publié dans : 2 Physionomie du érémiste
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